Ailleurs Higher

Pièce en cinq mouvements pour choeur de femmes, quintette à cordes (2 altos, 2 violoncelles et contrebasse) et percussions (triangle, tam, timbales).

Direction : Charlotte Naït

Voix : Elsa Goujon, Camille Joutard, Violaine Le Chenadec, Camille Allérat, Maeva Dépollier, Eliette Ximénès, Delphine!Terrier, Laetitia Toulouse, Chantal
Villien, Isabelle Deproit, Laure Ilef, Axelle Verner

Cordes : Marion Stienne, Robin Kirklar, Alban Lebrun, Lucie Arnal, Lou Dufoix.

Sur des textes de Sully Prud’homme, Giacomo Leopardi, Allen Ginsberg, William Blake.

photo faune eau mur

 

II. L’infini (soliste Isabelle Deproit – texte de Giacomo Leopardi) :

 

V. To see a world (texte de William Blake) :

 

Ailleurs, Higher.

I. Une heure

(Pour une heure de joie unique et sans retour,
De larmes précédée et de larmes suivie,
Pour une heure tu peux, tu dois aimer la vie :
Quel homme, une heure au moins, n’est heureux à son tour ?)
Une heure de soleil fait bénir tout le jour,
Et quand ta main serait tout le jour asservie,
Une heure de tes nuits ferait encore envie
Aux morts, qui n’ont plus même une nuit pour l’amour.(Ne te plains pas, tu vis ! Plus grand que misérable !
Et l’univers, jaloux de ton coeur vulnérable,
Achèterait la joie au même prix que lui ;Pour la goûter, si peu que cette ivresse dure,
Les monts accepteraient l’éternelle froidure,
L’Océan l’insomnie, et les déserts l’ennui.)

Sully Prudhomme

II. L’infini (G. Leopardi)

 L’INFINITO

Sempre caro mi fu quest’ermo colle,
E questa siepe, che da tanta parte
Dell’ultimo orizzonte il guardo esclude.
Ma sedendo e mirando, interminati
Spazi di là da quella, e sovrumani
Silenzi, e profondissima quiete
Io nel pensier mi fingo; ove per poco
Il cor non si spaura. E come il vento
Odo stormir tra queste piante, io quello
Infinito silenzio a questa voce
Vo comparando: e mi sovvien l’eterno,
E le morte stagioni, e la presente
E viva, e il suon di lei. Così tra questa
Immensità s’annega il pensier mio;
E il naufragar m’è dolce in questo mare.

Giacomo Leopardi (1798-1837) a écrit en 1819 un poème intitulé L’Infini

(Toujours elle me fut chère cette colline solitaire
et cette haie qui dérobe au regard
tant de pans de l’extrême horizon.)
Mais demeurant assis et contemplant,
au-delà d’elle, / dans ma pensée j’invente
des espaces illimités, des silences surhumains
et une quiétude profonde ; où peu s’en faut
que le cœur ne s’épouvante.
Et comme j’entends le vent
bruire dans ces feuillages, je vais comparant
ce silence infini à cette voix :
en moi reviennent l’éternel,
et les saisons mortes et la présente
qui vit, et sa sonorité. Ainsi,
dans cette immensité, se noie ma pensée :
et le naufrage m’est doux dans cette mer.

III. The music descends

Transcription of organ music ((Allen Ginsberg)

La musique descend comme le fait la haute tige courbée du lourd bouquet, car il le faut, pour rester en vie, pour continuer jusqu’à la dernière goutte de joie.
Le monde sait l’honneur qu’il y a dans sa poitrine comme dans la fleur, le monde solitaire et souffrant.
(Le père est miséricordieux.)
The music descends, as does the tall bending stalk of the heavy blossom, because it has to, to stay alive, to continue to the last drop of joy.
The world knows the love that’s in its breast as in the flower, the suffering lonely world.
(The father is merciful.)
IV. Gods dance
Mandala (Allen Ginsberg) San Francisco (2 juin 1959)
Dieux dansant sur leurs propres corps
De nouvelles fleurs s’ouvrent oubliant la mort
Des yeux célestes en deça de l’illusion-crève-coeur
Je vois le gai créateur
Des troupes se lèvent en hymne aux mondes
Drapeaux et bannières ondulant dans la transcendance
Une image enfin demeure avec des myriades d’yeux dans l’éternité
Ceci est l’oeuvre! Ceci est le savoir!
Ceci est la fin de l’homme!
Gods dance on their own bodies
New flowers open forgetting Death
Celestial eyes beyond the heartbreak of illusion
I see the gay Creator
Bands rise up in anthem to the worlds
Flags and banners waving in transcendence
One image in the end remains myriad-eyed in Eternity
This is the Work! This is the Knowledge§ This is the End of man!
V. To see a World

To see a world in a grain of sand

And a heaven in a wild flower,

Hold infinity in the palm of your hand

And eternity in an hour.

Voir un monde dans un grain de sable/
Et un paradis dans une fleur sauvage,/
Tenir l’infinité dans la paume de ta main/
Et l’éternité dans une heure. 

william Blake