La marée verte

l’équipe

Gaetan Boutet est graphiste et illustrateur

Pierre Descubes est graphiste et illustrateur

Guilhem Lacroux est musicien et compositeur

Jean-Baptiste Lestra est paysagiste

Stéphanie Sonnette est écrivain et urbaniste

le contexte

Le trait apparaît dans les années 30 sur les plans d’urbanisme de la Ville de Lyon. A la manière d’une bonne vieille percée haussmannienne, la diagonale reliant les quais du Rhône à l’avenue Félix Faure figure l’emprise d’une voie future taillée dans le modeste faubourg de la Guillotière. La servitude s’impose, les constructions neuves s’alignent sur ce tracé (le garage Citroën, l’immeuble des impôts, l’immeuble « Lyon Université »), les bâtiments existants sont frappés d’alignement. Les années passent, les trous se multiplient au fur et à mesure des démolitions, mais l’espoir de voir la percée se réaliser s’éloigne.

Autres temps, autres mœurs : la percée Félix Faure, de voie nouvelle, s’est transformée aujourd’hui en projet de « coulée verte », chapelet d’espaces publics végétalisés zigzagant entre les dents creuses. Et pour cause, le vert est devenu la panacée de l’urbaniste : contre la pollution, pour le lien social et le bonheur en ville, on veut du vert à n’importe quel prix, n’importe comment : le végétal en façade, sur les toits, dans les positions les plus acrobatiques. Du vert en tube, en stick, ou en comprimés. déroulé au kilomètre en jardinières high-tech, en pocket garden ou en coulée verte.

Eh oui, la promenade du bourgeois est devenu le nouvel outil d’aménagement. Comme au temps des passages et des Grands magasins, la ville est pensée en parcours. Promenade de Saône, berges du Rhône, parc des Hauteurs, parcours lumineux du 8 décembre : ces nouveaux itinéraires, qui font flamber autour d’eux les prix de l’immobilier, précèdent les nouveaux quartiers de demain. La transformation anodine de nos espaces urbains se révèle le vecteur d’une ségrégation toujours plus grande, toujours bien active. Derrière les images vaporeuses de verdure, c’est une gentrification bien réelle qui est à l’œuvre…

l’installation

Il s’agit d’un jeu vidéo interactif, dont l’image sera projetée sur un mur de la galerie. Pour y jouer, le visiteur dispose d’un joystick. En contrepoint de la projection est accroché sur un mur un tirage format A1 du photomontage illustrant le projet d’aménagement de la dent creuse. Enfin un cahier de doléance et un stylo sont mis à disposition des visiteurs.

Le jeu et le projet d’aménagement ont été conçus ensemble pour entretenir un rapport complexe qui mêle le virtuel et le réel, le tout et la partie, le projet et sa réalisation. Echappant aux relations habituelles de la maquette au projet et du projet au chantier, l’aménagement proposé se soumet à une fiction tout en apportant des réponses à une situation bien réelle. En cela il devient une incarnation partielle et déceptive d’une réalité parallèle et cachée.

le synopsis du jeu 

En l’absence de visiteurs, l’écran d’accueil présente le générique du projet, il est accompagné d’un léger fond sonore. L’écran comporte une mention clignotante « push start ». Le visiteur se saisit du joystick et enclenche le jeu en pressant sur n’importe quel bouton.

On passe alors en vue isométrique aérienne du quartier. Le travelling vidéo démarre, on voit Greenman progresser doucement le long des rues en surfant sur la vague, qui laisse derrière elle un traînée verte et des plantations.

Le visiteur a éventuellement la possibilité d’accélérer ou de ralentir la course de Greenman grâce au joystick.

Puis le personnage s’immobilise devant un bâtiment qui fait obstacle. Un message apparaît : « Greenman a rencontré un obstacle, voulez vous 1) passer en force (bouton rouge) 2) écouter la population (bouton vert) ?»

S’il appuie sur 1), le visiteur voit le bâtiment se désintégrer et Greenman poursuivre son chemin. En appuyant sur 2), le visiteur fait ouvrir une fenêtre vidéo qui se superpose à l’image en cours. Il s’agit d’une interview d’une personne du quartier dont le visage est flouté. Elle donne son opinion sur l’aménagement des espaces publics du quartier. A la fin de cette vidéo, la fenêtre se ferme et on revient au message initial (voulez-vous passer en force ou écouter la population ?). Le visiteur a le choix de regarder à la suite autant d’interviews qu’il le souhaite, mais la seule façon d’avancer est de « passer en force » (!). Greenman continue alors son chemin jusqu’au prochain obstacle. Le jeu comporte 6 points d’obstacle qui correspondent aux 6 groupes de bâtiments qui empiètent sur l’axe de la percée. A chaque étape, la musique change imperceptiblement, par l’ajout d’une piste ou d’un instrument. La mélodie initiale devient ainsi de plus en plus « dark » au fil du jeu. Après le dernier obstacle, Greenman rejoint enfin l’avenue Félix Faure, il franchit la ligne d’arrivée avec un jingle victorieux et son chrono est affiché. « game over ». Puis on revient à l’écran de départ « push start ».

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